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Comment faire une dissertation philosophique ?
1) L'objectif à atteindre:
Comprendre une dissertation philosophique, c'est
définir par là même un objectif précis à atteindre,
afin d'éviter ce qui arrive trop souvent: un mélange
des genres. Les dissertations sont trop fréquemment
conçues comme des exposés (récitation passive de
connaissances toutes faites) ou, défaut inverse,
comme des improvisations. Dans les deux cas,
l'objectif fondamental de toute dissertation est
perdu de vue; à savoir, le développement d'une
réflexion en acte dans le mouvement d'analyse d'un
problème. Toute dissertation a ce point de vue un
côté actif. Elle est processus et non résultat. En
tant que réalisation réflexive, elle désignerait
plutôt le mouvement de réalisation active que le
produit réalisé. Nous dirons que la réflexion en
elle doit toujours être vivante, avoir le caractère
d'une démarche.
La dissertation philosophique est un exercice de
réflexion à la fois personnelle et informée.
Personnelle parce qu'il s'agit de réfléchir par
soi-même dans le but de répondre à la question
posée.
Informée parce qu'il s'agit à partir de sa réflexion
de retrouver des auteurs de philosophie, de nourrir
ses propos de référence à des auteurs, c'est-à-dire
à des éléments de doctrines.
2) COMMENT ORGANISER SON TEMPS ?
• Travail préparatoire (au brouillon): une heure.
• Conception et rédaction de l'introduction: début
de la seconde heure.
• Mise au point et rédaction de la première partie
du développement: fin de la deuxième heure.
• Mise au point et esquisse rédigée des transitions
• Rédaction successive des parties suivantes du
développement (3 et 4ième heure)
• Conception et rédaction de la conclusion: 20
dernières minutes.
• Relecture finale de l'ensemble: 5 minutes
(impératif…)
3) Le traitement du sujet et le travail
préparatoire et ses étapes (à effectuer au
brouillon):
Une fois, le sujet choisi (pas plus de 15 minutes de
réflexion), commence le travail préparatoire, à
effectuer au brouillon, et qui constitue, nous
l'avons vu, un prologue capital à la rédaction
proprement dite. Chaque phase de travail peut être
définie et illustrée à la fois par une ou plusieurs
questions, qui canalisent la recherche et lui
fournissent des points de repère. On répondra à ces
questions:
• Définir le plus précisément les termes du sujet
(précision orale…)
• Se demander s’il n’y a pas plusieurs lectures
possibles, de manière à ne pas laisser des aspects
ou des problèmes sans réponse *.
• Chercher les présupposés et implications du sujet.
• Noter les idées, références, exemples (premier
matériau de réflexion.
4) CONCEVOIR ET REDIGER UNE INTRODUCTION.
Le rôle rempli par l'introduction n'est pas celui
d'une pure et simple présentation du sujet.
L'introduction comporter 2 moments :
• Une entrée en matière qui peut se faire à partir
d'un exemple d'une situation dans laquelle la
question posée pourrait se poser ou d’une citation.
Surtout, éviter absolument les formules générales et
creuses du genre " De tous temps, les hommes..." A
l'issue de cette entrée en matière le sujet doit
être exposé en toute lettre et en totalité. Si vous
ne trouvez rien qui vaille, commencez directement
par le sujet.
• Présenter la problématique, le plus rapidement
possible, mais le plus clairement possible. Dégager
les enjeux du problème, c'est-à-dire ce qu'il met en
jeu, ce qu'il en coûterait s'il n'était pas résolu.
La problématique se doit de présenter le plan du
devoir, ce qui peut se faire sous la forme de
questions qui chacune à leur manière présente le
problème ou un de ses aspects, mais de telle sorte
que les parties ainsi annoncées soient effectivement
des réponses aux questions posées et telles qu'elles
le sont.
5) LA PROBLEMATIQUE:
La problématique d'une dissertation philosophique
est le jeu de questions, liées entre elles et tirées
du sujet lui-même, auxquelles le développement va
progressivement répondre. La problématique est donc
un programme de questionnement élaboré à partir de
la question posée par le sujet. Problématiser une
question, c'est déployer cette question en
questionnement.
En fait, le travail philosophique commence par le
doute; et douter, c'est se poser des questions, les
bonnes questions. Problématiser une question, c'est
se poser des questions auxquelles il faut répondre
afin de pouvoir conclure. La problématique est donc
un doute organisé. (cf. le doute cartésien – cours
sur la conscience).
En tant que programme de traitement du sujet, la
problématique fixe les grandes lignes du
développement de la dissertation. Problématiser un
sujet, c'est préparer le plan de progression de la
réflexion.
6) ÉLABORER UN PLAN.
L'organisation et la structuration de la
dissertation ne peuvent préexister à une analyse
approfondie du sujet, dont elles ne sont que la
synthèse dynamique.
Il ne s'agit pas de plaquer sur des idées
disparates, mais de dégager un principe d'ordre
susceptible d'intégrer les lignes directrices au
sein d'une démarche cohérente. Ce travail n'est pas
dissociable de la mise en place de la problématique.
Il s'agit de lier deux exigences pour "programmer"
efficacement le cheminement de la dissertation.
Les grands types de plans et la manière dont les
traiter
En aucun cas, il ne s'agit de proposer ici des plans
"passe-partout". Chaque dissertation requiert un
plan uniquement conçu pour elle, et adéquat de ce
fait à la spécificité de l'énoncé sur lequel elle se
développe.
1) Le plan progressif + un exemple.
Il s'agit qu'une structuration visant à une
progression par approfondissement de l'analyse des
notions.
Ce plan peut être très fréquemment utilisé car il a
l'avantage, comme le plan dialectique, de
correspondre à une progression naturelle et non
artificielle de la pensée et de la démarche
intellectuelle.
Il consiste à fournir plusieurs définitions
successives de la notion considérée, non point selon
un plan de pur hasard, mais en progressant dans
l'analyse des notions, en soulignant leur
enrichissement. Il permet d'aller de l'immédiat à
l'universel selon un ordre progressif. C'est un plan
qui met en valeur la richesse des notions.
Exemple: "Qu'est-ce que la transcendance?"
a) La transcendance comme dépassement au sens
psychologique du terme:
Etymologiquement, transcender signifie "aller
au-delà", dépasser. Tel est le caractère de la
conscience humaine. Elle se dépasse perpétuellement
(pour-soi), à l'inverse des choses ou "en-soi", qui
sont toujours égales à elles-mêmes. L'homme, au
contraire, peut se faire autre qu'il n'est; il est
transcendance (cf. l'existentialisme sartrien).
Cette dernière est le caractère psychologique de la
conscience en tant qu'activité de dépassement.
b) Activité de transcendance au sens moral du terme:
L'homme est aussi un créateur de valeurs. A ce
niveau, la transcendance apparaît comme cette
activité par laquelle l'homme se dépasse, tente
d'aller au-delà de lui-même et crée des valeurs
morales.
c) La transcendance métaphysique et religieuse:
Enfin, le moi individuel peut tenter de monter vers
le Transcendant divin, peut s'efforcer d'atteindre
l'existence d'un Etre autre que lui-même. La
transcendance devient ici le mouvement de
dépassement métaphysique et religieux (cf. cours sur
la religion à venir).
Ainsi, de degré en degré, l'activité de
transcendance s'enrichit en progressant de l'aspect
psychologique simple vers les notions les plus
idéales, celles qui appartiennent à la sphère
métaphysique et religieuse.
2) Le plan dialectique + un exemple.
Le terme de dialectique est un terme galvaudé. Pour
saisir la signification du plan dialectique, il faut
revenir au sens fondamental de cette notion. On
appelle dialectique (en particulier chez Hegel) une
démarche qui procède par contradictions surmontées,
c'est-à-dire en allant de la thèse à l'antithèse,
puis la synthèse. La méthode dialectique est un
mouvement dans lequel la contradiction appelle un
dépassement. Cela signifie que les contradictions
sont intégrées et dépassées dans le mouvement total,
que toute contradiction va tendre à se résoudre dans
la synthèse de la thèse et de l'antithèse.
La synthèse se définit comme une démarche visant à
recomposer ou reconstituer un nouvel ensemble à
partir d'éléments: par conséquent, vous ne devrez
jamais la considérer comme le retour à la thèse
antérieurement émise. Il ne s'agirait pas ici d'une
synthèse au sens fort et spécifique du terme. Enfin,
la conciliation pure et simple de la thèse et de
l'antithèse est également à proscrire. Ne dites pas,
dans votre prétendue
synthèse: "il y a du vrai dans les deux opinions".
Cet amalgame faussement conciliant n'est pas une
synthèse.
Vous voyez que le plan dialectique ne doit pas
verser dans la réponse de Normand! Ce ne serait
guère philosophique.
La synthèse doit procéder d'une réalité spirituelle
plus haute.
Exemple: "Faut-il affirmer, avec Spinoza, que "la
sagesse est une méditation, non de la mort, mais de
la vie"?
* Sens des termes:
SAGESSE. Union du savoir et de la pratique destinée
à assurer une maîtrise de l'existence humaine.
MEDITATION. Application et concentration profonde de
l'esprit à un objet quelconque.
Mort. Dissolution de l'individualité biologique.
VIE. Existence.
* Problématique:
La maîtrise et la domination de l'existence humaine
passent-elles, fondamentalement, par le regard
réflexif sur la vie et la pensée de la mort
n'a-t-elle ainsi aucune place dans cet exercice
réflexif?
* Thèse: La sagesse est une méditation de la vie,
non de la mort.
La mort semble, de prime abord, n'avoir aucune
réalité positive dans notre existence. On ne peut la
penser. Donc, sagesse = méditation de notre
existence et de notre vie (cf. thèse d’Epicure –
cours sur le Bonheur)
* Antithèse: La méditation de la mort.
Comment occulter la mort, comment la dissoudre? Elle
fait partie de la structure de mon existence, elle
l'informe: "Dès qu'un être humain naît, déjà il est
assez vieux pour mourir..." (Rilke). Il s'agit de
réfléchir sur la mort comme forme de la vie.
* Synthèse: La sagesse comme méditation de la vie et
de la mort.
Sagesse = méditation du positif (vie) et du négatif
(mort). La mort s'inscrit dans l'essence de l'être
humain. Méditation de la vie et de la mort prennent
signification l'une par l'autre et dans l'autre.
3) Le plan notionnel + un exemple (très rarement en
terminale).
Ce plan est consacré à l'analyse d'une notion. Il
consiste à poser successivement le problème de la
nature de la notion envisagée, puis celui de
l'existence, enfin celui de la valeur de cette
notion.
Ce plan a l'avantage de diriger l'esprit vers l'idée
complexe de valeur, de permettre d'en envisager les
différentes facettes (morale, esthétique).
Exemple: "L'idée de liberté".
* Nature: Liberté = négativité = pouvoir qu'à
l'esprit de pulvériser ou de néantiser toutes les
données.
* Existence: La liberté existe-t-elle? Oui, c'est le
mode d'être qui caractérise toute la conscience
humaine.
* Valeur: Non seulement elle existe, mais elle a une
valeur sur le plan moral. Sans liberté, nulle
possibilité d'un acte moral.
4) La comparaison entre notions + un exemple (très
rarement en terminale).
Enfin, vous pouvez avoir à établir les relations,
les ressemblances et les différences existant entre
deux ou plusieurs notions. Il y a ici un écueil
majeur à éviter: celui de juxtaposer deux
dissertations, l'une consacrée au premier concept,
l'autre au second.
Nous suggérons de procéder ainsi:
* caractériser et conceptualisation de chaque notion
* souligner, éventuellement, leur différence, voire
leur opposition.
* montrer l'unité de ces deux notions
Remarque: l'établissement de la différence ou de
l'unité dépend profondément des notions envisagées.
Elle peut donc être établie selon le cas en deuxième
ou troisième partie.
Exemple: "Orgueil et vanité".
a) Essai de caractérisation: La vanité est sociale.
Elle se caractérise par l'importance que nous
attribuons au jugement d'autrui. Elle est besoin
d'approbation, désir de paraître entièrement relatif
au jugement de l'autre.
L'orgueil isole; il se caractérise par l'importance
que nous attachons à notre propre jugement.
b) Opposition: La vanité s'appuie sur l'opinion,
l'orgueil sur la force personnelle. La première a
rapport au social, le second a rapport à la liberté
individuelle elle-même.
c) Unité: Plus voisins qu'il n'y parait au premier
abord, orgueil et vanité sont quête de soi, de cet
être que la conscience tente d'atteindre sans jamais
y parvenir.
5) Les sujets-citations.
Dans tous les cas de figure, la dissertation devra
comprendre une partie analyse (ou partie
explication): la formule proposée est alors
l'équivalent d'un court texte à commenter. De même
qu'on ne peut mener une réflexion critique
judicieuse sur un sujet-texte que si l'on a d'abord
bien compris le sens du texte, de même une réflexion
personnelle (originale) sur une citation ne sera
pertinente si l'adage en question a été
préalablement élucidé.
Il s'agit d'adopter un plan en deux parties:
• explication ou interprétation de la formule à
partir de l'analyse littérale; et justification par
application/illustration sur quelques cas qui la
concrétisent.
• réflexion personnelle sur les problèmes soulevés
par la formule qui pourra aboutir soit à un
renforcement soit à un critique précise et bien
argumentée, conduisant à la relativiser.
7) LA CONCLUSION.
1) Fonction de la conclusion:
Nous avons défini la dissertation comme une
réflexion en acte, comme un cheminement où
l'argumentation s'approfondit de façon progressive.
Le but et la finalité réelle de la conclusion sont
de faire le point, de dresser le bilan de la
réflexion. Pour cela, on dégage les propositions
établies au long du devoir, en les formulant de
façon concise au sein d'une synthèse frappante
articulée sur une reprise
allusive du sujet. De plus, ouvrir le devoir sur
d'autres champs de la réflexion ou d'autres types
d'approche.
Le bilan de la réflexion comporte donc deux aspects
complémentaires:
• recensement synthétique des conclusions partielles
établies au cours de la dissertation;
• éclairage différentiel de ce bilan-synthèse par la
mobilisation de références qui relativisent le
devoir et l'ouvrent sur d'autres perspectives.
(Précision orale…)
* Les sujets de type "Faut-il?" ou "Peut-on?".
A) "Faut-il ?" est une question qui peut se poser à
deux niveaux et donner lieu à un plan en deux
parties:
• la nécessité
physique/matérielle/naturelle/économique/sociale,
c'est-à-dire la contrainte des choses.
Exemple: "Faut-il travailler?" Comportera une
première ligne de problèmes tournant autour de la
nécessité naturelle (satisfaire les besoins
fondamentaux de l'espèce), la nécessité économique
et sociale (satisfaire les besoins sociaux mais
aussi les désirs de l'individu vivant en société et
nécessité de faire fonctionner et de reproduire la
machine économique, le système des moyens de
production); et même nécessité biologique ( la
nature de l'homme est de travailler).
• l'obligation morale, le devoir. Que le travail
soit ou non une nécessité naturelle, matérielle, il
correspond à une obligation morale (envers autrui
mais envers soi-même: le travail n'aliène pas
l'homme mais le réalise dans le monde, le fait
exister à ses propres yeux comme aux yeux d'autrui).
Obligation morale qui peut s'articuler à la
nécessité: devoir moral d'agir, mais aussi parce que
c'est un besoin psychologique: ne pas subir
passivement la vie mais la vivre.
B) "Peut-on?" est également une question qui peut se
poser à deux niveaux et donner lieu à un plan en
deux parties:
• la possibilité pratique/technique ou la capacité,
la faculté.
Exemple: "Peut-on être esclave de soi-même?". On
cherchera une situation où l'homme serait esclave de
lui-même: la passion. On se demandera alors si cette
éventualité correspond à une possibilité réelle: si
l'homme est libre, comment peut-il s'aliéner
lui-même? On verra que esclavage-aliénation de la
passion est dépendance à l'égard de l'objet de la
passion, donc d'autre chose que de soi.
Mais, on verra aussi que, si on cède à la passion,
alors qu'on est en principe libre de disposer de
soi, c'est qu'on est en quelque sorte capable de
s'aliéner soi-même. Mais s'agit-il d'un esclavage?
Etre son propre esclave signifie qu'on reste, au
moins virtuellement, son propre maître, qu'on a
pouvoir sur ce soi-esclave de sa passion. La
question posée est d'abord une question ou un
problème de possibilité.
• La possibilité morale, ou le droit ("A-t-on le
droit de ?").
Ce que je fais n'engage pas que moi mais engage
aussi l'homme, "l'humanité tout entière" (Sartre –
cf. « l’existentialisme… »). Mon acte se propose
comme exemple-modèle d'acte. Etre esclave de
soi-même, c'est alors présenter auto-aliénation
(l'abandon de soi aux passions) comme modèle de
conduite. Du reste, le passionné ne se fait pas
faute de se justifier aux yeux des autres: s'il se
justifie, c'est qu'il se pense comme coupable, alors
je n'ai pas le droit de présenter de moi-même
l'image d'un être-esclave-de-soi. A supposer que je
puisse être esclave de moi-même, il reste que je
n'ai pas le droit de l'être. Ce qui fait rebondir le
problème. Car, si je n'ai pas le droit de l'être,
c'est que j'ai ou que j'avais la possibilité de ne
pas l'être, qu'il ne dépend ou ne dépendait que de
moi de ne pas céder.
Attention! Certains sujets ne justifient pas un tel
plan. Aux deux niveaux que nous venons de dégager
pour chacun des deux types de sujet, il faut ajouter
le niveau de la possibilité ou de la nécessité
théorique/logique/scientifique: "Faut-il?" = "A-t-on
raison de?"; et "Peut-on?" = "Est-il rationnel de?"
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